Portrait d’Anthony Nelson

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Né le 5 septembre 1984, à Marseille

Raquette : Yonex Voltric 80

Classement : T50/T50/T20

 

Deux mots en espagnol sont tatoués sur sa jambe gauche : « Vatos Locos ». Mais Anthony Nelson n’est pas un « type barjot », traduction littérale du nom commun pour désigner ces gangs de chicanos, Américains d’origine mexicaine, aux États-Unis. C’est un clin d’œil à son meilleur ami – « on s’appelle souvent vato » – et au film qui les unit, Les princes de la ville, de Taylor Hackford (1993). Un hommage aussi « à la puissance du peuple, du travail », dit-il, à ces gens qui ont lutté pour survivre. Au Mexique, la mort est une fête, elle est une renaissance. Anthony Nelson y a passé l’été 2013 : « Ce sont les gens les plus généreux que j’ai rencontrés ». Il y présentait une exposition de graffitis. Le rapport avec le badminton ? Aucun. Car la raquette et le volant ne sont pas toute sa vie ; Anthony Nelson a même choisi. À quinze ans, alors qu’il était promis à un grand avenir sportif, il a tout arrêté et pas qu’à moitié. Onze ans sans prendre une raquette, « pas une seule fois ».

Il a huit ans quand il commence au club de Vitrolles. Son grand frère – il a trois frères et deux sœurs – le guide un peu, l’inscrit à des stages, aux premières compétitions. Il gagne le championnat de France benjamin en 1997, porte les couleurs de l’équipe nationale. Il est alors le meilleur du pays, figure sans doute parmi les cinq premiers d’Europe. Direction le Pôle espoir de Voiron (Isère) : « J’étais en seconde. Trois mois après être arrivé, j’ai arrêté. Je ne pouvais plus : je jouais tous les week-ends et je ne suis pas allé chez moi pendant trois mois ». Anthony Nelson est rentré chez ses parents, à Gignac, où il a rangé sa raquette dans un placard. Et il l’a oubliée.

Il fallait voir ailleurs, créer. Il travaille à l’aéroport de Marseille-Provence pendant quelques années, tout en intégrant un collectif de graffiti. On n’en dira pas plus sur ce dernier, même si Anthony Nelson se définit « de style L. A. » et qu’il sortait souvent la nuit pour graffer. « Les voyages, je les ai faits, mais sans le badminton. Je ne regrette rien. J’ai fait plein de choses et il en reste tant à réaliser », explique-t-il. Car revenons aux « Vatos Locos » : son corps est le témoignage d’une profession qu’il a exercée et exerce encore : « Je ne suis pas du milieu latino, mais cette culture me plait. Le tatouage japonais, c’est joli, mais c’est pas mon truc ». Il a une pin-up sur le bras.

C’est en 2010 – il a vingt-six ans – que toute recommence. « Un ami m’a fait ressayer et j’ai gagné ; c’est comme si je n’avais rien oublié, la maturité aidant peut-être », reconnaît-il, « Je me suis inscrit à l’AUC en avril et la saison suivante, j’intégrais le Top12 ». Personne du milieu ne l’avait oublié. Le club lui donne sa chance, il devient entraîneur à plein temps : « C’est un travail qui me plaît, qui m’a apporté une stabilité ; on me donne de la liberté et on me fait confiance. Je dois beaucoup au club et je le lui rends. Il faut former des équipes dès le plus jeunes âge ; c’est par eux que ça passe ». « Je pense à mon frère, qui m’a beaucoup apporté ». Anthony Nelson n’arrêtera plus : ni de jouer au badminton ni de graffer. Sauf pour un voyage qui lui tient à cœur : suivre la route des cerisiers au Japon. Un « Vatos Locos » devrait bientôt apparaître sur un mur de Tokyo.

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